Maroc Algérie , Le sort réservé aux ingrats
Le 1er novembre 1954, le Front de libération nationale déclenche la guerre pour l'indépendance de l'Algérie. Le Maroc l'a soutenu. Mais les mêmes dirigeants du FLN qui ont régné sur l'Algérie n'ont eu de cesse de mener la vie dure au Maroc. Cela fait un demi-siècle que les deux pays se regardent en chien de faïence. Nous sommes des millions de Marocains à avoir l'âge de la révolution algérienne. Pendant la guerre d'Algérie, comme on dit en France, il y avait à la radio marocaine des pièces de théâtres radiophoniques sur la guerre des moujahidine, on entendait des rafales de mitrailleuse et des obus comme si on y était. Nos parents parlaient des maquisards avec ferveur, ils disaient qu'il n'y avait pas de différence entre les Marocains et les Algériens qui venaient se reposer de la guerre, chez nous à Oujda, mais surtout, ils avaient tous l'air certain que les révolutionnaires gagneraient à la fin. Mais on nous a parlé de Jamila Bouhired, une jeune résistante, « belle, belle, belle, mon fils », qui avait ému le monde et qui avait été arrêtée et torturée par des unités du sinistre Général Bigeard, qui menait la bataille d'Alger, en 1957. «On a écrasé des cigarettes sur sa peau comme dans un cendrier». «Les méchants» étaient trop forts, les flics tortionnaires allaient peut-être garder Jamila emmurée pour l'éternité. Pourtant, l'espoir est revenu peu après, et ici, il y avait unanimité sur un point: «Nous, Marocains, nous ne serons pas indépendants tant que l'Algérie ne sera pas indépendante ». Les enfants ajoutaient « ...et que Jamila ne sera pas libérée », c'était en 1961. C'est là que nous avons plongé dans l'absurde à pieds joints. Un an après l'indépendance algérienne, des troubles frontaliers se sont mis à empoisonner l'atmosphère, «ils nous ont trahis», dirent les Marocains, «ils nous ont trahis», dirent les Algériens. Une triste affaire entre chiffonniers du tiers-monde où tout le monde était cocu. Et concédons à Bouteflika qu'il lui arrive de ne pas délirer: «En 1963, c'est la guerre qui a gagné». «Avec avantage pour le Maroc», rétorqueront les ultras du chauvinisme. C'est paraît-il une date importante pour les historiens. On avait été attaqués à Hassi Beida, Ich et Figuig. Mais cette guerre, nous, on ne l'a pas faite, et pour nos enfants, elle n'existe même pas. Ils n'ont plus rien à voir avec ces diatribes haineuses à la radio, les treillis glauques et les errements infinis entre les dunes où l'on peut tout voir, sauf les frontières. Nous, on rigolait de temps en temps parce que le général Driss Ben Omar avait joué un tour pendable à l'armée algérienne quand elle avait cru encercler un bivouac des FAR et qui s'était retrouvée encerclée. Les Algériens ont mal pris cette affaire. En mars 1965, Ben Bella était renversé, coffré puis remplacé par Houari Boumediene, le plus algérien de tous les présidents algériens. Une visite de la ville d'Oujda était alors une promenade sur la première ligne de front. Vue à travers le prisme de nos chicanes et la situation géographique de la ville, la situation n'était pas brillante. Nous étions pas mal découverts, en cas de départ impromptu des bombes et des obus. Nous étions au pied du mont Ras Asfour, qui surplombait la ville et qui était tenu par les Algériens. «Ils peuvent nous canarder tranquillement, de haut en bas, nous avons le revers nu», disaient les pessimistes. Les optimistes étaient convaincus que les FAR «adaptent leur stratégie au terrain, si on est en bas, c'est qu'on a des armes qui délivrent le tonnerre de dieu de bas en haut», et voilà les Algériens en train de courir pieds nus jusqu'à Constantine. Les autres disaient, «Tous des c...»